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fév 01

Les fuites radioactives de la médecine nucléaire : un laxisme inquiétant

La médecine nucléaire représente la branche médicale qui utilise les substances radio-pharmaceutiques à visées diagnostiques ou thérapeutiques. Le principe général repose sur la bio-accumulation sélective de radio-isotopes dans les tissus cibles pour détruire des cellules tumorales ou bien construire une image de l’organe étudié (scintigraphie, tomographie par émission de positon ou TEP).Iode131

Les radio-isotopes principalement utilisés sont le technétium 99m, le fluor 18, l’iodes 123 et l’iode131.

Bien que leur demi vie soit relativement faible – de quelques heures à quelques jours – leur gestion est en principe soumises à une réglementation très strictes. La traçabilité des sources doit être systématiquement assurée, les opérateurs doivent les manipuler avec la plus grande précaution pour éviter toute contamination accidentelle, et les urines contaminées des patients doivent être systématiquement recueillis dans des cuves de stockage en sous sol via un collecteur d’effluents spécifique relié aux sanitaires des services de médecine nucléaire. Les effluents sont stockés 80 jours, le temps nécessaire pour que la radioactivité décroissent et devienne inférieure de la limite réglementaire de 100 Bq/L avant d’être rejeté dans le réseau d’assainissement collectif. Les radionucléides retournent dans la nature via les stations d’épuration de la ville.

Un cas symptomatique 

Le journal La Provence a commenté dans son édition 19 septembre 2013 le contenu d’une lettre de l’ASN qui mettait en demeure la direction des Hôpitaux de Marseille « d’améliorer significativement le niveau de radioprotection du service de médecine nucléaire » (info reprise par Science et Avenir). Ce courrier était l’épisode d’un feuilleton édifiant qui durait depuis plusieurs années. On apprenait ainsi que des locaux des urgences pédiatriques et du SAMU de l’hôpital de La Timone, à Marseille, ont été contaminés par des fuites radioactives issues des canalisations en plomb provenant des services de médecine nucléaire situés aux étages supérieurs, contaminant au moins deux personnes dont une femme enceinte.

FranceTV info

Source : France TV Info

Par ailleurs des mesures dosimétriques ont montré que le personnel et les patients étaient soumis à une exposition de 1mSv/mois (selon une source d’information interne à l’hôpital) là où la loi impose 1mSv/an. Des tests effectués sur ces canalisations vétustes ont montré une accumulation d’iode 131 sur les parois internes qui produisait un débit de dose au contact de 2,2 µSv/h. Les directions successives connaissaient le problème depuis sept ans mais s‘étaient bien gardé d’informer les salariés concernés.

La direction aurait aussi fait preuve de grave négligence en laissant des ouvriers non qualifiés intervenir sur ces canalisations contaminées.

Par ailleurs la contamination du réseaux pluvial de l’hôpital par des eaux radioactives pose aussi question.

Encore des fuites…

Le cas de La Timone est loin d’être un cas isolé. L’ASN a recensé les incidents qui se sont produits en médecine nucléaire depuis l’année 2000 avec une augmentation nette des cas signalés à partir de 2010.

On peut s’étonner de cette recrudescence des fuites ces deux dernière années quand aucune n’a été signalée de 2000 à 2010.

Vue les courtes périodes de ces radioéléments, ce ne sont pas tant les conséquences à long terme de ces rejets qui inquiètent que l’exposition continue de personnes non informées et le laxisme de responsables particulièrement négligents.

 

Nuage radioactif d'Algesiras

…et des radiosources égarées

L’expédition de colis contenant des radiosources devrait être considérée comme sensible. Pas moins de 10 sources à usage médical ont disparu depuis 13 ans sans être retrouvées. Ce nombre «explose» littéralement si on rajoute les sources utilisées dans les secteurs de l’industrie ou de la recherche. Certains minimiseront ce constat au regard du nombre de sources transportées chaque année. Qu’ils relisent le compte-rendu de l’accident de Goiânia. N’oublions pas que les conséquences de ces impérities peuvent dépasser les frontières comme ce fut le cas de l’accident nucléaire d’Algésiras en 1998.

 

L’ASN manquerait-elle d’autorité ?

L’ASN a pointé du doigt dès 2010 un nombre important et édifiant de dysfonctionnements qui ont fait l’objet de demande d’action corrective. On ne peut pas dire que la direction de La Timone ait été prompte à les appliquer. Ce cas de figure est malheureusement trop fréquent. Pierre-Franck Chevet, le président de l’ASN, n’a-t-il pas déploré lors de ses récents vœux à la presse que lorsque les inspecteurs de l’ASN constatent dans certaines installations nucléaires des « écarts par rapport aux règles de sûreté », il arrive que l’exploitant mette trop de temps à se mettre en conformité ? Il demande au passage que soit renforcé le pourvoir de sanction de l’ASN pour ce type d’incident.

L’ASN a déjà du mal à s’imposer face à de simples structures hospitalières, on peut sérieusement douter qu’elle ait actuellement le moindre pouvoir face aux multinationales du nucléaire.

 

Source : ASN ,  LLNL , FranceTV Info, La Provence,

1 comment

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  1. admin

    Effrayant !

  1. Les fuites radioactives de la médecine n...

    […] La médecine nucléaire représente la branche médicale qui utilise les substances radio-pharmaceutiques à visées diagnostiques ou thérapeutiques. Le principe général repose sur la bio-accumulation sélective de radio-isotopes dans les tissus cibles pour détruire des cellules tumorales ou bien construire une image de l’organe étudié (scintigraphie, tomographie par émission de positon ou TEP).Iode131(…)  […]

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